Entrevue avec Yves-François Blanchet : Le traitement des minorités francophones

Une entrevue par Luc J. Lachapelle

La SSJBCQ a rencontré Yves-François Blanchet, chef du Bloc Québécois, afin de faire le point sur quelques sujets d’actualité alors que ce dernier était de passage à Drummondville, dans le cadre d’une activité de comté. Encore trop tôt pour définir les grandes orientations du Bloc Québécois en vue de la prochaine campagne électorale fédérale, Monsieur Blanchet accepte de nous livrer différents constats sur les dossiers linguistiques et identitaires.

Dossier linguistique à Ottawa

Suite à quelques querelles survenues entre le député de Mégantic, Luc Berthold et la ministre du Revenu Diane Lebouthillier, en décembre dernier sur la langue à utiliser en Chambre, la SSJBCQ s’interroge sur l’avenir réservé au français dans l’enceinte de la Chambre des communes.  Monsieur Blanchet commente : « Quand on veut analyser le dossier linguistique à Ottawa ou même à Québec, on refuse une évidence. L’évidence, qui n’est pas politiquement correcte, c’est que le Canada est un pays… anglophone… et le Québec est une nation francophone ! Ça veut dire que la langue commune c’est l’anglais pour le Canada et le français pour le Québec. Est-ce que ça veut dire qu’au quotidien tout le monde au Québec parle juste en français ? Non. Est-ce que ça veut dire qu’au quotidien que tout le monde au Canada parle juste en anglais… Non !»  Retenons ici que les deux solitudes continuent de s’ignorer au quotidien, ce qui perpétue leur éloignement.

L’utilisation de la langue française en Chambre ne représente pas le seul défi à relever. La SSJBCQ s’interroge également sur le sort réservé aux minorités francophones à travers le Canada. D’emblée, Yves-François Blanchet est catégorique : « La meilleure affaire qui puisse arriver aux Franco-canadiens c’est un Québec indépendant. Et un Québec indépendant pourrait ranimer cette idée qui avait été invoquée par René Lévesque à l’époque de la réciprocité. »

Gracieuseté du gouvernement provincial conservateur refusant d’investir dans une université francophone en Ontario, les minorités culturelles s’exposent à de nombreux refus lorsque la langue est en jeu.  Monsieur Blanchet constate que le Canada et le Québec ne visent pas les mêmes objectifs en matière de traitement des minorités sur chacun de leur territoire respectif.  «Le jour où le Canada va traiter ses minorités francophones comme le Québec traite sa minorité anglophone, elles seront extrêmement prospères parce que, et c’est reconnu internationalement, la minorité anglophone du Québec est une des,  sinon la minorité linguistique la mieux traitée au monde. Elle l’est en raison de son poids relatif dans la population, notamment pour le nombre d’universités anglophones, ses institutions dans le système de santé québécois, ses commissions scolaires, de même que ses institutions culturelles. Les anglophones québécois sont très bien servis, et tant mieux ! Ce serait bien que le Canada traite sa minorité ou ses minorités francophones de la même façon à l’extérieur du Québec, parce que le Québec se traite bien lui-même ou pourrait le faire davantage et en a les outils pour le faire. On pourrait se donner deux pays différents qui s’entendraient pour faire ensemble des choses sur la base de traités, comme tous les pays du monde le font, en ayant des papiers signés, des engagements formels qui remplaceraient les chicanes perpétuelles.»

50e anniversaire des langues officielles

2019 marquera le 50e anniversaire de la loi sur les langues officielles. À cet effet, la Fédération des Communautés Francophones et Acadiennes souhaitent une modernisation, voire même une réécriture de cette loi, tout en proposant des réformes majeures telles que la création d’un tribunal administratif pour la réception des plaintes, ainsi qu’un pouvoir d’imposer des ordonnances exécutoires ou des sanctions aux institutions fédérales… La SSJBCQ souhaite ici valider les intentions de cautionnement et d’appui du Bloc Québécois sur cette position de la FCFA. « Le Bloc Québécois est solidaire des communautés francophones hors Québec. Il l’a toujours été et va le rester. Récemment d’ailleurs, on a déposé un projet de loi qui aurait pu les aider dans d’autres dossiers. Vous savez, le gouvernement canadien impose un test de langue qui, en vertu de la loi, fait en sorte qu’un nouveau citoyen canadien doit parler soit français, soit anglais. Il y a une logique en ceci que le Canada prétend avoir deux langues officielles… Le Bloc Québécois a déposé un projet de loi en Chambre requérant que ceux qui voulaient vivre au Québec (ou être reçus au Québec) devaient parler français. Pourquoi ? Parce que la langue commune au Québec est seulement le français… mais le gouvernement fédéral a refusé de débattre du sujet, en votant pour empêcher que la loi soit discutée à la Chambre des communes, lieu où on est censé pouvoir discuter de lois et d’interventions législatives. C’est assez révélateur de l’affection réelle que les institutions canadiennes réservent à l’endroit du français » de commenter, monsieur Blanchet.

Rencontre avec la CAQ

Le 15 février dernier, Yves-François Blanchet rencontrait le premier ministre Legault afin de discuter de certains dossiers touchant les questions identitaires, linguistiques et d’immigration. De telles discussions soulèvent des questionnements avec l’élection d’un gouvernement dit nationaliste. La SSJBCQ souhaitait explorer la vision du Bloc Québécois en ce sens.  « En fait, à la base, c’est une question de logique. Le Bloc québécois est un parti politique indépendantiste qui siège dans ce que forcément on considère comme un parlement étranger [1]. Du point de vue du Bloc Québécois, le parlement où l’on siège est à Ottawa, mais notre parlement national à nous, il est à Québec. Et si on reproche au gouvernement canadien de s’ingérer non seulement dans les affaires du Québec en général, mais aussi dans les affaires du Québec telles que définies par leur propre constitution, alors on serait bien mal avisé, nous autres, comme parti politique de le faire. Donc, on ne peut pas dire à Québec , voici ce que vous allez faire et voici ce que v

ous ne ferez pas … «Nous siégeons dans un parlement étranger et si les Québécois ont élu, -et ça nous aide-, un gouvernement nationaliste résolument décomplexé, bien tant mieux, parce qu’il y aura, là-dedans, un progrès. On préfère, bien sûr qu’il y ait un consensus à l’Assemblée nationale, c’est-à-dire, que plusieurs des formations politiques soient d’accord sur les orientations d’un inter culturalisme comme modèle d’intégration. On sait que l’ensemble des partis de l’Assemblée nationale se regroupe sous cette enseigne-là, même s’ils n’en ont pas exactement la même définition. Quand c’est le cas, c’est plus facile pour nous d’aller à Ottawa et dire voici ce que pense le Québec » de déclarer Yves-François Blanchet.

Monsieur Blanchet soulève que son rôle de porteur de voix nécessite une grande vigilance à Ottawa. « Il y a même des dossiers comme, le dossier de déclaration d’impôt unique, que l’Assemblée nationale du Québec a soutenu et que le gouvernement fédéral refuse froidement. Alors, dans ce genre de dossier,  Le Bloc Québécois est le porteur de la voix du Québec. Dans les dossiers d’immigration, indépendamment de ce que peuvent être les opinions personnelles de tel ou tel candidat ou de tel ou tel député, au Bloc on n’a pas le droit de nier la légitimité des choix politiques d’un gouvernement démocratiquement élu, qui siège dans un parlement et un parlement est toujours et par nature, souverain. »

Conclusion

La SSJBCQ s’enquiert des positions soutenues par le Bloc Québécois, lesquelles seront soumises à l’électorat en octobre prochain, espérant que celles-ci sauront satisfaire les attentes des électeurs. « Bien… ça leur appartient !  Le Bloc Québécois comme formation politique a le devoir de faire une offre, et si les gens se reconnaissent là-dedans, ils vont adhérer et ça va progresser. Je pense que ce que l’on offre déjà, pour l’instant, c’est de suggérer au mouvement souverainiste de ne pas conduire en regardant dans le rétroviseur. On conduit en regardant en avant ! On conduit en ayant de nouveau quelque chose de positif, quelque chose de lumineux à proposer. C’est comme si, dans le cas du Bloc, au moins, les crises sont quelque chose du passé et on a recommencé à construire…  La souveraineté et les souverainistes avaient le droit d’avoir de bonnes nouvelles après plusieurs années plus difficiles, et je pense qu’on est peut-être les porteurs de ces bonnes nouvelles.»

 

[1] Le Bloc siège dans un parlement étranger

 

5 avril 2019 |

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